Comme la dernière fois, nous empruntons des chevaux pour notre voyage qui durera plus d’une journée. Le mien s’appelle Hidzume. On se met en route. Sur notre chemin, à l’orée de la forêt, nous voyons sur le côté de la route un énorme buisson rempli de grosses prunes très connues dans la région et souvent utilisées pour faire des prunes salées. C’est impressionnant d’en voir autant, sûrement parce que personne n’a quitté Willowshore depuis longtemps. Otash s’y rend et en ramène pour tout le monde. Yokishin remarque à côté d’un des buissons des traces de pattes d’animaux, petites mais étonnamment profondes. Chiyo voit deux yeux nous observer dans la forêt à travers les arbres, suivis de bruits de grattement sur le sol et d’un grognement de sanglier. La bête nous fonce dessus, droit sur Chiyo, et elle se prend ses défenses de plein fouet. Yokishin nous ordonne de nous mettre en position, Chiyo se positionne derrière le sanglier, et Yokishin et Otash se mettent à portée. Yokishin lève son katana et atteint le sanglier légèrement à la jambe. Otash claque fortement son lourd fouet-chaîne au sol pour tenter d’apeurer la bête mais sans succès, alors elle redresse son arme et la dirige sur elle ; la chaîne s’entoure comme une spirale autour de son corps et s’enfonce dans sa chair, ça a l’air de lui faire très mal. Chiyo, derrière le sanglier, met un énorme coup de poing dans la bête, ce qui semble la mettre à terre, mais dans un élan de volonté la créature reste debout. Pensant achever une créature mourante, je renonce à ma magie de soin, invoque ma lance divine et la projette sur lui, mais encore une fois le sanglier sur le point de tomber reste debout par sa pure volonté. Concentré sur ma magie, je ne vois pas arriver le second sanglier derrière moi qui me fonce dessus, me jette à bas de mon cheval et me transperce de part en part. J’ai tout juste le temps d’utiliser ma magie temporelle pour différer de quelques secondes les blessures pour ne pas mourir sur le coup et tenter de me soigner mais mes compagnons vont aussi devoir réagir vite pour m’aider. Yokishin lève sa bannière et ordonne aux autres de se replacer pour me protéger puis lève son katana sur le premier sanglier et le tranche en deux, cette fois il ne se relèvera pas. Otash nous explique que les sangliers peuvent se maintenir aux portes de la mort malgré des dégâts fatals pendant plusieurs secondes. Elle se jette à mes côtés et soigne mes blessures immédiates, afin que je puisse être suffisamment en forme pour subir celles qui vont m’arriver une fois ma magie temporelle arrivée à échéance. Pendant ce temps, Chiyo, qui s’est replacée, prête à combattre le second sanglier, abat un déluge de coups de poing sur la bête, la propulsant à terre dans le même mouvement, me permettant de m’éloigner du sanglier et d’utiliser ma magie pour diminuer les dégâts imminents. Otash m’aide également et je parviens à ne pas tomber inconscient lorsque le temps reprend ses droits et que la douleur du sanglier que j’ai pris de plein fouet réapparaît. Le sanglier met un coup de défense à Chiyo, et l’embroche, ça semble très douloureux, mais elle s’accroche. Yokishin court à son secours et lève ses deux armes qu’il abat en croix, blessant le sanglier. Otash lève son fouet et le claque à nouveau au sol pour effrayer la bête, avant de l’attaquer également. Chiyo, toujours la défense plantée dans les côtes, balance trois coups dans la nuque du sanglier, qui enfin s’écroule au sol. J’accours vers elle pour la soigner immédiatement alors que la défense sort de son flanc dans un flot de sang. On décide de se poser là pour la nuit, et on en profite pour faire un ragoût de sanglier, accompagné de prunes confites, cuisiné par Otash. Il nous reste une demi-journée avant d’arriver à l’auberge.

Le matin, on traverse la forêt. On arrive dans une petite clairière très jolie mais aux herbes très hautes, qui arrivent jusqu’aux cuisses des chevaux. Les chevaux ont l’air stressés à l’entrée de cette clairière. Otash et moi entendons une faible voix d’enfant, qui vient du sol, sous les herbes, qui appelle à l’aide. Nous descendons instinctivement de cheval pour lui venir en aide. Nous sommes rapidement rejoints par Chiyo mais Yokishin reste prudent et se méfie. Otash entend la voix se muer en la voix de sa fille, de plus en plus forte. Arrivés à l’origine des voix, nous trouvons chacun un pantin de paille et de bois, noué de rubans bleus, complètement désarticulé. Les voix se muent en grognements et murmures agressifs, et les pantins se relèvent dans des mouvements complètement erratiques, et nous sautent dessus. Otash hurle de rage une insulte incompréhensible en elfique. En se levant, les créatures entament une sorte de danse infâme et perturbante qui affecte notre volonté. Otash nous explique rapidement qu’il s’agit de Thatchling, des créatures qui ne peuvent pas être détruites par autre chose que du feu, et qui sont souvent liées à des esprits de personnes mortes de façon atroce. Elle frappe ensuite la créature de son fouet, et, connaissant sa faiblesse, l’enflamme dans le même mouvement, la réduisant complètement en cendres. La créature en face de Chiyo la fixe de son regard mort et murmure des mots étranges dans une langue horrible, ce qui a l’air de la perturber. Puis il s’éloigne, sort une fronde et lui jette une pierre, mais la rate. Chiyo se rue sur le Thatchling en face de moi, et lui met un coup de poing dans le corps, mais la créature continue de danser, les coups de poing ont peu d’effet sur son corps de bois. Je sors une carte du paquet de cartes magiques que je possède, et lance le sort de flamme contenu dans la carte sur la créature qui me fait face, qui s’embrase, semble très endommagée, mais toujours debout. Yokishin s’approche, lève son katana et l’abat. Le pantin est tranché net en deux. Otash court sur le dernier d’entre eux en proférant des mots qui semblent injurieux, lève son fouet et le fait littéralement exploser dans les flammes qui émergent de son arme. Otash et moi savons et expliquons aux autres que les Thatchling sont des créatures forcément créées par un Thatchling gorgé de sang, qui est un Thatchling beaucoup plus gros et dont le bois qui le compose est complètement rouge du sang dont il est gorgé, et qui a enfermé une âme dans chacun des Thatchling que nous avons combattus. Le fait de croiser trois d’entre eux ici signifie que leur créateur n’est probablement pas loin, il va nous falloir être prudents.

Nous continuons sur notre chemin et arrivons devant cinq bâtiments, de la taille de bungalows. Ils sont tous brûlés et à l’état de décombres, sauf un qui tient encore debout, malgré les dégâts causés par les flammes. On entend un chant au loin, qui se fait de plus en plus fort au fur et à mesure qu’on avance. Devant le bâtiment se trouvent deux silhouettes encapuchonnées qui nous tournent le dos et qui sont assises devant une enfant, habillée d’une cape rouge. C’est une enfant de 12-14 ans qui chante une mélodie très apaisante. Les deux silhouettes devant elle sont captivées par son chant et se balancent au rythme de la musique. Yokishin et moi sommes attirés par cette musique et on se laisse porter par le rythme en nous approchant. Je sors ma dague à corde et enlève une pièce en bois en son centre, ce qui dévoile une fente et la transforme en rhombe, et je joue de la musique au rythme de son chant. Elle s’adapte à mon instrument, c’est une excellente musicienne. Elle me regarde et me fait signe d’approcher. On s’approche, et la jeune fille nous dit que personne n’avait joué pour elle depuis longtemps. Elle se présente sous le nom de Hongrui. Quand on approche, les deux silhouettes se retournent, il s’agit de Thatchling. Ils n’ont pas l’air agressifs pourtant. Chiyo remarque que le visage de la jeune fille est couvert par un voile un peu transparent et que derrière se trouve un pantin de bois, recouvert de sang. Probablement le Thatchling gorgé de sang masqué par une illusion, mais elle n’est pas agressive pour autant. En discutant, je repère deux petites tombes non loin. Hongrui est consciente qu’elle est morte, et les tombes correspondent à celles de ses amis. Je propose, pour lui apporter la paix, de déterrer les corps, de leur offrir une vraie cérémonie funéraire, accompagnée de musique. Elle accepte, mais elle n’est pas sûre que ça fonctionne pour elle car son corps a brûlé. Je propose d’utiliser un objet qu’elle possédait comme support de la cérémonie en lieu et place de son corps, et Yokishin trouve dans les décombres d’un des bâtiments une cape qui devait être rouge mais qui est maintenant noire de suie. Sur la cape se trouve un dessin représentant une silhouette encapuchonnée au milieu, protégée par une autre silhouette qui tient un parapluie, et à côté d’une troisième silhouette qui tient une lanterne. Je tiens une cérémonie funéraire, emplie de musique, pour apporter la paix aux trois âmes, et alors que nous dressons de vraies tombes, leur essence spirituelle commence à s’étioler, les trois Thatchling prennent une légère apparence humaine translucide et disparaissent progressivement en nous souriant et en nous disant au revoir. Hongrui nous parle du gouverneur et ne semble pas le porter dans son cœur, elle semble soutenir l’hypothèse que c’est lui qui a mis le feu à l’auberge. Alors que la cérémonie s’achève, trois nouvelles tombes nous entourent, et les trois esprits ont disparu. La tombe de Hongrui explose alors, et la cape se soulève dans les airs, écarlate, intacte et toute neuve, puis vient s’enrouler autour de mes épaules avec gratitude, et restera avec moi. Il s’agit d’un artefact magique, la Gratitude de Hongrui. On a apporté la paix sans violence à trois âmes en peine, mais nous n’avons pas appris grand-chose sur le gouverneur. Yokishin propose de tenter de rejoindre Karahai par la route du nord, vu que nous sommes déjà là. Après une journée de voyage, le même phénomène de brouillard magique nous empêche de progresser. On se rend compte qu’on ne peut pas progresser plus à l’est et que le brouillard magique est là systématiquement. Par curiosité, on essaye de s’éloigner vers le nord, mais pareil. Comme si une zone d’interdiction centrée sur Willowshore nous empêchait de progresser. Après trois jours de voyage, on décide de rentrer.

Arrivés à Willowshore, la ville a repris du poil de la bête. En revanche, on apprend que le Vieux Matsuki a décidé de déterrer une vieille tradition de la ville et que l’élection d’un dirigeant ne passera pas par les urnes mais par une ordalie, un duel de champions à mort. Ça ne nous plaît pas beaucoup, on réfléchit un peu à comment améliorer la situation. Je vais voir Kim Gu-won, qui de façon très surprenante semble bien refroidi. Il dit que Grand-Mère Hu l’a plus ou moins menacé de réduire à néant ses activités si elle lui retirait son soutien. On va ensuite voir le Vieux Matsuki qui, à peine arrivés, nous raconte immédiatement l’histoire qu’il a trouvée dans les livres. Il nous raconte qu’un esprit gardien réside à Willowshore, et qu’il faut aller lui demander conseil. Il dit qu’il s’agit d’un Kodama qui se nomme Grand Saule du nom de l’endroit où il réside, le Grand Saule creux sur la colline, et que les légendes racontent qu’il a déjà résolu un problème de la sorte. Matsuki nous conseille d’apporter du vin ou du saké en offrande. Yokishin relance le sujet du duel, et Matsuki dit qu’il a fait ce choix pour éviter les manipulations du scrutin par Grand-Mère Hu. On lui explique qu’on n’est pas favorable à son idée, et qu’on serait plus partisans d’une ordalie non violente, par exemple Yokishin propose de résoudre le conflit par un duel de Shogi. Matsuki accepte et dit qu’il proposera cette idée à Grand-Mère Hu. On apprend plus tard que notre idée a été acceptée et que le duel de Shogi aura lieu dans cinq jours. Une fois ce problème résolu, on décide de s’intéresser à la situation de Ugly Cute. On se rend aux Loges de la Brume Argenté et retrouvons Sumika. Elle nous dit qu’ils ont des pistes sur Ugly Cute qui aurait été repérée au sud-ouest. Ils ont également été ralentis par la présence de brume qui les empêche de progresser au sud. Ça confirme notre théorie que Willowshore semble isolée dans un cercle de brume qui empêche quiconque de la franchir. On aura des nouvelles de la statue en fuite d’ici quelques jours.

On décide de prendre le conseil de Matsuki et d’acheter du saké et d’aller voir le Grand Saule. Après une vingtaine de minutes d’ascension de la colline, on arrive au sommet où se trouve un immense saule de 30 mètres, ce qui est particulièrement grand pour un arbre de cette espèce. La colline est entourée de forêt mais le sommet est dégarni et forme une grande clairière dont dépasse le gigantesque arbre. On repère un étrange corps fongique noir dans les racines de l’arbre, mais on n’a pas le temps de s’en inquiéter : nous sommes abordés par une petite créature de quelques centimètres de haut, sans visage, ressemblant à des cailloux assemblés. La petite créature se met en position défensive en mettant ses petits poings devant elle et nous demande ce qu’on veut. Il s’agit de Grand Saule le Kodama. Yokishin explique qu’on vient pour lui offrir du saké, et je lui tends la bouteille. Il se détend alors et nous invite à nous asseoir. Otash lui expose le problème de la brume magique, et Grand Saule nous dit qu’il a aussi senti la malédiction tout autour de nous, que nous sommes dans une cage maintenant, depuis le premier jour de l’été. Il dit qu’il s’est senti confus et seul, et qu’il n’entend plus la voix de ses amis depuis ce jour. Il dit qu’il a couru pour aller voir son amie et sœur, la plus proche, et qu’à sa place se trouvait un champignon énervé. Il veut bien nous aider, mais d’abord il veut qu’on aille voir si sa sœur Grande Pin, un autre Kodama comme lui, va bien et n’a pas eu de problème avec ce champignon en colère. Elle se trouve au sud. Je lui demande si le champignon sombre autour des racines de l’arbre a un lien avec tout ça et il dit que oui, c’est une infection qu’il a ramenée de sa rencontre avec le champignon méchant. Il dit qu’il peut nous accompagner, on demande comment il peut faire ça sans quitter son arbre, alors il se retourne, se dirige vers l’arbre et écarte en deux le tronc, faisant apparaître un portail au milieu, qui donne sur une grande clairière. On traverse et le portail se referme derrière nous. Le Kodama nous a téléportés jusqu’à ce qui devait être un bosquet de pins mais qui est aujourd’hui envahi de champignons, notamment ce fameux champignon noir qu’on voyait sur les racines du Grand Saule. Au milieu de la clairière se trouve un homme-champignon, avec un énorme chapeau, en train de manger une sorte de gibier envahi de mycètes roses également. Il nous demande ce qu’on fait ici. Il nous dit que Grande Pin l’a invité ici, mais qu’elle est partie et que maintenant il se trouve seul. Il se nomme Xungu, c’est un Mycéloïde et il reproche à Grande Pin de l’avoir abandonné « comme tous les autres ». Je lui propose d’être son ami et de discuter avec lui. Il veut bien discuter avec moi mais seulement en tête-à-tête. On se méfie mais j’accepte de le suivre. Il me dit qu’il a un secret, son secret c’est qu’il a toujours très faim, et que j’ai l’air appétissant. Il me saute dessus ! C’est probablement lui qui a mangé tous ses autres compagnons Mycéloïde ainsi que Grande Pin !


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